Piffero, voix accordéon, ils sont deux, on les dirait dix. Leur musique et leurs danses viennent des montagnes de l’Apennin, au nord de Gènes. Chants et mélodies à écouter, musiques à danser, Stefano Valla et Daniele Scurati les connaissent depuis toujours. Stefano Valla n’est pas tout à fait un inconnu puisqu’il tient la voix appelée guitare dans la Squadra et représente le hautbois traditionnel italien dans le groupe Une anche passe.
A près la procession de la Vierge, le vin bu au bol dans des caves ornées de licous de mulets, la gastronomie locale partagée devant le pas des portes sur une aire d’un bal de village "des quatre provinces" étagée en terrasses à flanc de montagne, des centaines de danseurs, toutes classes d‘âges confondues, tournent autour d’un mât de cocagne sous la voie lactée estivale.
Depuis leur estrade, enchaînant allessandrinas, valses ou mazurkas, le couple diabolique piffero-accordéon mène le rêve. Sur sa chaise, attentif aux humeurs du public, un œil sur son complice, le dos cambré pour dégager le souffle, le pifferiste est maître de cérémonie. Un statut qui exige consistance et résistance physique, tant pour conduire avec constance quatre à cinq heures de bal que pour participer aux libations d’avant et après concert.
Dans les années 1950-1960, sous l’effet de l’exode rural et de la télévision, cette tradition de la fête s’était délitée et les ambianceurs n’ayant plus la motivation pour poursuivre l’ouvrage, les vocations se raréfièrent. C’est dans ce contexte de reflux que Stefano Valla fit ses classes. Natif de Gènes, ce lauréat de l’Académie des Beaux Arts avait pour lui de n’avoir jamais rompu les liens avec son village de Cegni, situé sur l’Apennin pavois. Une région où, dès l’enfance, il participa aux fêtes, dansa la gigue ou la moferrina et vit grandir sa fascination pour l’instrument emblématique du cru, le piffero, ce hautbois italien frondeur et séducteur, orné à son extrémité d’une plume de coq. C’était d’ailleurs dans son village que vivaient deux maîtres de l’instrument : Giacomo "Jacmon" Sala et Ernesto Sala, celui-là même qui allait enseigner techniques et répertoires, de pair avec un autre musicien, Andra "Taramla" Domenichetti, accordéoniste du village voisin de Negruzzo.
Ainsi, nourri à ces deux sources, Stefano Valla va t-il hériter d’un legs patrimonial considérable, tant au niveau du corpus que de l’ héritage plus ineffable - de l’esprit du jeu. Car, lorsqu’on analyse le couple piffero-accordéon, on se rend compte qu’il ne s’agit pas de la cohabitation plus ou moins heureuse entre deux instruments à anches, mais bien d’une symbiose sophistiquée, fille d’un siècle de pratiques depuis que la fisarmonica (l’accordéon supplanta la musa (cornemuse) dont il adopta les fonctions. Alliance qui, au final, a accouché un instrument du troisième type, pourrait-on dire. Son orthodoxie stylistique étant transmise sans rupture jusqu’à Stefano Valla, lequel à son tour l’enseignera à de nouveaux adeptes .
C’est qu’il y a toujours chez lui un prosélyte fidèle aux vertus de la tradition orale et sensible aux appels du contemporain. Une dualité qu’exprime son parcours. Collaborateur d’accordéonistes phares de la région (Dante Tagliani, Cinto Callegari, Giacomo Daio), il fonde en 1983 le groupe I Suonatori delle quatro province. Dès 1986, jugeant nécessaire de faire connaître le piffero au delà de sa région d’origine, il commence à enregistrer. Paralléllement, il collabore à des recherches.
